Une polémiste dans le temple de l’art officiel
Il existe des livres qui consolent, des livres qui divertissent, et puis il y a ces ouvrages rares qui dérangent profondément l’ordre établi. L’Art caché : Les dissidents de l’art contemporain d’Aude de Kerros appartient à cette troisième catégorie. Publié pour la première fois en 2007 chez Eyrolles, réédité en version augmentée en 2013, puis en format poche en 2022, cet essai de 426 pages n’a cessé de susciter débats passionnés, rejets véhéments et adhésions enthousiastes.
Le titre lui-même intrigue : quel est donc cet « art caché » dont nous parle l’auteure ? Et pourquoi parler de « dissidents », terme à forte connotation politique ? En refermant ce livre dense et méticuleux, on comprend que nous venons de lire bien plus qu’une critique d’art : c’est un essai d’histoire culturelle, de sociologie du pouvoir, et même — osons le mot — un pamphlet au sens noble du terme, celui de Voltaire ou de Zola.
Aude de Kerros, graveuse reconnue et essayiste redoutée, nous propose ni plus ni moins qu’une contre-histoire de l’art des quarante dernières années. Son propos, iconoclaste pour certains, salutaire pour d’autres, peut se résumer ainsi : l’« Art Contemporain » (qu’elle prend soin d’écrire avec des majuscules) n’est pas une catégorie temporelle mais un label, une marque commerciale et institutionnelle qui a réussi un véritable « hold-up sémantique » sur le mot même de « contemporain ».
Le portrait d’une artiste qui pense
Une formation d’exception
Qui est Aude de Kerros pour oser s’attaquer à un tel mastodonte ? Née le 24 décembre 1947 à Jakarta, dans l’archipel indonésien alors encore sous influence coloniale, elle est fille d’un officier de marine et diplomate. Son enfance nomade l’a menée de l’Asie à l’Amérique du Sud, du Proche-Orient aux capitales européennes. Cette éducation cosmopolite forge son regard : elle observe les cultures de l’intérieur, elle saisit les rapports de force, elle perçoit ce que les mots dissimulent.
Sa formation intellectuelle impressionne : Sciences Po Paris en 1969 — en pleine effervescence post-68 — puis une maîtrise en droit en 1972. Voilà qui aurait pu faire d’elle une diplomate, une juriste, une haut fonctionnaire. Mais c’est vers l’art qu’elle se tourne, avec la passion des vocations tardives. Elle étudie la gravure auprès de maîtres dont les noms résonnent dans l’histoire de l’art du XXe siècle : Henri Goetz, Stanley William Hayter, Johnny Friedlaender.
Une œuvre artistique reconnue
Aude de Kerros n’est pas une théoricienne déconnectée de la pratique. C’est une artiste accomplie qui a réalisé plus de 500 eaux-fortes, participé à plus de 90 expositions en Europe, et dont les œuvres sont conservées dans des institutions aussi prestigieuses que la Bibliothèque nationale de France, le National Museum of Women in the Arts à Washington, ou l’Académie des Beaux-Arts de Pékin.
Ses cycles gravés — Paysages intérieurs, La Genèse, Le Chant du monde — témoignent d’une recherche spirituelle profonde et d’une maîtrise technique exceptionnelle. Cette double légitimité d’artiste et d’intellectuelle lui permet de parler avec autorité. Quand elle critique le système de l’art contemporain, elle ne le fait pas de l’extérieur, en spectatrice aigrie, mais de l’intérieur, en praticienne qui connaît intimement les ateliers, les galeries, les mécanismes de reconnaissance.
La transition vers la critique
Dans les années 1990, influencée par le philosophe et critique d’art Wladimir Weidlé, elle opère un virage décisif : elle devient essayiste. Ses textes paraissent dans Conflits, Artension, Le Figaro, Valeurs actuelles. Elle anime une émission sur Radio Courtoisie, Libre journal d’Aude de Kerros, où elle développe ses analyses sans langue de bois.
Ses distinctions témoignent de cette double reconnaissance : le Prix Paul-Louis Weiller de la gravure en 1988, le titre de Chevalier de l’Ordre national du Mérite en 2009, et surtout le Prix Adolphe Boschot de la critique d’art en 2013 pour Sacré Art Contemporain, autre essai incisif sur le même sujet.
En Résumé
L’Art caché : Les dissidents de l’art contemporain (Eyrolles, 2007-2022, 426 pages) est un essai critique dans lequel Aude de Kerros, graveuse et théoricienne de l’art, démonte les mécanismes de domination de l’art conceptuel depuis les années 1980. Elle distingue l’« Art Contemporain » (AC) — label institutionnel et commercial — de la création artistique contemporaine authentique qu’elle nomme « art caché ». Son analyse, documentée et polémique, révèle comment le « schisme de 1983 » en France a vu l’État favoriser exclusivement l’art conceptuel, marginalisant peinture, sculpture et gravure traditionnelles. L’ouvrage, structuré en quatre parties (histoire récente, ressorts de l’AC, controverse silencieuse, permanence de l’art), combine sociologie culturelle, analyse économique et critique philosophique. Prix Adolphe Boschot 2013, best-seller des essais d’art, traduit et débattu, il est devenu la référence des artistes « dissidents » opérant hors circuits officiels.
Anatomie d’un hold-up : la thèse centrale
Le langage comme arme de guerre
La démonstration d’Aude de Kerros commence par une opération presque linguistique. Elle montre comment le terme « contemporain » a été capturé, détourné, confisqué. Normalement, « contemporain » signifie simplement « de notre temps ». Un romancier qui publie en 2025 est un romancier contemporain. Un compositeur qui écrit aujourd’hui fait de la musique contemporaine. La logique voudrait qu’un peintre actif en 2025 soit un peintre contemporain.
Mais non. Dans le monde de l’art, « contemporain » ne désigne plus une époque mais une esthétique précise : l’art conceptuel, les installations, les performances, les ready-made. Un peintre figuratif magistral, techniquement irréprochable, qui travaille aujourd’hui, n’est pas considéré comme « contemporain ». Il est au mieux « académique », au pire « ringard », « passéiste », « nostalgique ».
Ce « hold-up sémantique », pour reprendre l’expression de l’auteure, n’est pas un accident. C’est une stratégie délibérée qui permet d’exclure de la légitimité institutionnelle — musées, FRAC, centres d’art, biennales — toute forme d’expression qui ne se plie pas aux canons de l’art conceptuel.
1983 : l’année de la rupture
Aude de Kerros date avec précision le moment où cette stratégie devient politique d’État en France : 1983. Cette année-là, le Ministère de la Culture opère un choix décisif : concentrer ses subventions, ses acquisitions, ses soutiens institutionnels sur l’art conceptuel, abandonnant de facto les artistes qui pratiquent la peinture, la sculpture figurative, la gravure.
Ce « schisme de 1983 » transforme l’État en prescripteur de l’art légitime. Les conséquences sont massives : des milliers d’artistes se retrouvent exclus des circuits officiels, des écoles des Beaux-Arts réorientent leurs enseignements, les FRAC (Fonds Régionaux d’Art Contemporain) n’achètent plus qu’une seule catégorie d’œuvres.
Le mécanisme est pervers : les artistes qui veulent vivre de leur art n’ont plus d’autre choix que de se conformer aux attentes institutionnelles. L’État, censé protéger la diversité culturelle, devient l’instrument d’une uniformisation esthétique.
Le « financial art » : quand l’argent dicte la beauté
Mais le système ne repose pas seulement sur l’État. Aude de Kerros consacre des chapitres entiers à analyser ce qu’elle nomme le « financial art » — un marché international où la valeur des œuvres n’a plus aucun rapport avec leur qualité intrinsèque, mais résulte de stratégies financières orchestrées par des réseaux fermés de collectionneurs, de galeries et de maisons de vente.
Comment se fabrique la cote d’un artiste contemporain à succès ? Par un jeu d’achats et de reventes orchestrés, par des placements dans les grandes collections publiques qui « certifient » la valeur, par une présence médiatique saturante. Le système fonctionne en circuit fermé : les mêmes galeries new-yorkaises, londoniennes, parisiennes, les mêmes collectionneurs, les mêmes foires internationales.
L’auteure ne nie pas que certaines œuvres conceptuelles puissent avoir une valeur artistique. Ce qu’elle dénonce, c’est l’exclusivité, le monopole, et surtout la déconnexion totale entre valeur marchande et valeur esthétique.
L’art caché : révélation d’un monde parallèle
Face à cette hégémonie, que deviennent les milliers d’artistes qui refusent de se soumettre ? Ils ne disparaissent pas. Ils forment ce qu’Aude de Kerros nomme « l’art caché » : un écosystème foisonnant, diversifié, techniquement accompli, mais invisible aux yeux du grand public.
Cet art caché comprend des peintres figuratifs et abstraits, des sculpteurs classiques et contemporains, des graveurs, des céramistes, des aquarellistes. Ils exposent dans des galeries indépendantes, vendent à des collectionneurs privés, enseignent dans des ateliers, transmettent leurs savoirs. Mais ils n’existent pas pour les institutions : ni musées d’art contemporain, ni FRAC, ni grandes biennales, ni médias dominants.
L’hypervisibilité de l’Art Contemporain officiel masque cette création authentique. C’est le paradoxe : on nous répète qu’il ne se passe plus rien en peinture, alors que des milliers de peintres travaillent quotidiennement. On nous dit que la sculpture est morte, alors que des ateliers de fonderie tournent à plein régime.
Architecture du livre : une construction rigoureuse
Quatre mouvements, comme une symphonie critique
L’édition de poche 2022, qui fait référence aujourd’hui, déploie son argumentation sur 426 pages organisées en quatre parties d’une logique implacable :
Première partie : « Un peu d’histoire récente »
Aude de Kerros n’est pas de ces essayistes qui assènent des vérités sans démonstration. Elle commence par situer son propos dans le temps long, retraçant les révolutions artistiques de 1905 à 2007. Elle analyse « la toile de fond américaine » — l’influence décisive des galeries new-yorkaises et des collectionneurs américains dans la création du marché de l’art contemporain. Elle explore « les mystères de la valeur » : comment se forme une cote ? Elle examine les fondements philosophiques de l’art conceptuel, notamment son lien avec la philosophie analytique anglo-saxonne et — plus audacieusement — avec certaines formes de pensée gnostique.
Deuxième partie : « Les ressorts de l’Art Contemporain »
Cette section décortique les mécanismes internes du système. L’auteure analyse « l’essence de la rupture entre modernité et postmodernité » — car c’est bien d’une rupture qu’il s’agit, pas d’une simple évolution. Elle démontre les « aliénations réciproques » : comment artistes, institutions et marché se contraignent mutuellement dans un système dont personne, finalement, ne maîtrise totalement la logique. Elle explore « les utilités de l’art contemporain » : à quoi sert-il, au-delà de l’esthétique ? Instrument de distinction sociale, placement financier, outil géopolitique…
Troisième partie : « La controverse silencieuse »
Le titre est éloquent : la controverse existe, mais elle reste silencieuse, inaudible dans l’espace public. Aude de Kerros expose « le schisme de l’État », documente l’opposition entre « théoriciens » (qui légitiment l’AC) et « historiens d’art » (souvent plus critiques), analyse « l’impossible controverse » (pourquoi le débat ne peut-il avoir lieu ?), et donne la parole à « l’expérience inverse des peintres » — ceux qui vivent au quotidien cette marginalisation.
Quatrième partie : « La permanence de l’Art »
La conclusion n’est pas désespérée. Contre le discours dominant qui proclame « il ne se passe plus rien à Paris », Aude de Kerros révèle les « marchés cachés de l’art d’aujourd’hui », dénonce « les suppressions organisées des savoirs » (notamment l’enseignement du dessin et de la représentation du corps), et adopte une « perspective du temps long » : dans un siècle, que restera-t-il de l’art de notre époque ? Les installations éphémères ou les œuvres maîtrisées ?
Des outils pour penser
Le livre ne se contente pas de développer une thèse. Il offre les outils pour que chacun puisse prolonger la réflexion :
- Un glossaire définit les concepts clés (AC, art caché, financial art, hold-up sémantique…)
- Une bibliographie permet d’approfondir chaque aspect
- Un index des noms propres facilite la recherche
- Des annexes documentent certaines affirmations
Cette rigueur quasi universitaire contraste avec la vivacité du ton. On sent l’artiste derrière l’essayiste, la colère derrière l’analyse, la passion derrière la documentation.
La réception : un livre qui fâche
Enthousiasmes et rejets
L’Art caché ne suscite pas l’indifférence. Sur Amazon et Goodreads, il obtient une note moyenne de 4/5 étoiles (basée sur environ 67 évaluations pour l’ensemble des œuvres de l’auteure), ce qui est remarquable pour un essai aussi clivant.
Les lecteurs enthousiastes évoquent une « révélation », une « description claire, précise et jubilatoire de décennies de fraude artistique », une « analyse sociologique perverse des politiques culturelles françaises ». Beaucoup témoignent : « Enfin quelqu’un ose dire ce que je pensais depuis longtemps ! » Pour eux, Aude de Kerros a levé le voile sur un système qu’ils pressentaient sans pouvoir le nommer.
Les critiques, à l’inverse, dénoncent un ouvrage « réactionnaire », « nostalgique », « trop véhément ». Les partisans de l’art conceptuel estiment que l’auteure défend une vision conservatrice de l’art, qu’elle refuse la modernité, qu’elle idéalise un passé révolu. Certains jugent son lyrisme excessif quand elle parle de la peinture.
Un débat nécessaire
Cette division même prouve la nécessité du livre. Il force à prendre position, à réfléchir, à argumenter. Dans un paysage culturel souvent consensuel où tout le monde répète les mêmes discours convenus, L’Art caché a le mérite de la franchise et du courage.
La critique d’art Christine Sourgins salue particulièrement la suite publiée en 2023, L’Art caché enfin dévoilé, qui révèle « un écosystème artistique alternatif ». Des émissions de radio, des colloques, des articles académiques ont prolongé les débats ouverts par le livre.
Une œuvre en constellation
L’Art caché n’est pas un texte isolé. Il s’inscrit dans une œuvre critique cohérente :
- Les Échelles du Ciel (2001) — premier essai, explorant les dimensions spirituelles de l’art
- L’Art caché : Les dissidents de l’art contemporain (2007, 2013, 2022) — le livre fondateur
- Sacré Art Contemporain (2012) — Prix Adolphe Boschot 2013
- L’Imposture de l’Art contemporain (2015) — le titre dit tout
- Art Contemporain, manipulation et géopolitique (2019) — dimension internationale
- L’Art caché enfin dévoilé (2023) — le prolongement direct
Cette bibliographie impressionnante témoigne d’un engagement de longue haleine. Aude de Kerros n’est pas une essayiste d’un livre, revenue ensuite au silence. C’est une intellectuelle qui a consacré vingt-cinq ans de sa vie à documenter, analyser, dénoncer.
Questions de lecteurs (FAQ littéraire)
Le livre est-il accessible aux non-spécialistes ?
Oui, malgré sa densité. Aude de Kerros écrit clairement, définit ses concepts, évite le jargon. Le glossaire aide beaucoup. Certes, certaines références philosophiques ou historiques demandent une culture générale solide, mais l’essentiel de l’argumentation reste limpide.
Faut-il connaître l’histoire de l’art pour le lire ?
Pas nécessairement. L’auteure contextualise ses propos. En revanche, le livre donne envie d’approfondir : on se surprend à rechercher tel artiste cité, tel critique évoqué. C’est une lecture qui en appelle d’autres.
Le ton est-il polémique ?
Oui, franchement. Aude de Kerros n’écrit pas en historienne détachée mais en artiste engagée. Elle utilise parfois l’ironie, la formule percutante, l’indignation. Ce ton passionné déplaira à certains, séduira d’autres.
Le livre propose-t-il des solutions ?
Dans sa quatrième partie, oui. L’auteure révèle l’existence de marchés alternatifs, encourage les artistes à persévérer, adopte une perspective optimiste sur le long terme. Elle ne se contente pas de dénoncer : elle montre que la création authentique résiste et persistera.
Est-ce un livre de droite ou de gauche ?
Question piège ! Le livre critique l’État, donc certains le lisent comme libéral. Mais il dénonce aussi la marchandisation de l’art, donc d’autres le lisent comme anticapitaliste. En réalité, Aude de Kerros dépasse ces catégories : elle défend l’art contre toutes les instrumentalisations, étatiques comme marchandes.
Doit-on être « contre l’art contemporain » pour apprécier le livre ?
Non. On peut admirer certaines œuvres conceptuelles et trouver l’analyse pertinente. Le livre ne demande pas de tout rejeter en bloc, mais de comprendre les mécanismes de pouvoir, de légitimation, d’exclusion.
Petit lexique pour comprendre la pensée de Kerros
Art Contemporain (AC) : Écrit avec majuscules pour souligner qu’il s’agit d’un label spécifique, d’une marque, et non d’une simple catégorie temporelle. Désigne principalement l’art conceptuel institutionnalisé.
Art caché : Création artistique contemporaine foisonnante et diverse qui existe en dehors des circuits officiels de l’AC. Comprend peinture, sculpture, gravure, céramique… Techniquement maîtrisée, porteuse de sens, mais invisible médiatiquement.
Hold-up sémantique : Opération par laquelle les promoteurs de l’art conceptuel se sont approprié le terme « contemporain », excluant ainsi les autres formes de création de la légitimité institutionnelle.
Financial art : Système où la valeur marchande des œuvres est déterminée par des stratégies financières et des réseaux fermés, déconnectée de toute qualité esthétique intrinsèque.
Schisme de 1983 : Moment où, en France, l’État devient prescripteur exclusif de l’art légitime, concentrant ses subventions sur l’art conceptuel au détriment des pratiques traditionnelles.
Aliénations réciproques : Mécanismes par lesquels artistes, institutions et marché se contraignent mutuellement dans le système de l’AC, créant une dépendance généralisée dont personne ne contrôle totalement la logique.
Philosophie analytique : Courant philosophique anglo-saxon privilégiant le concept et le langage sur la perception sensible, ayant profondément influencé l’art conceptuel.
Informations bibliographiques
Édition de référence (poche 2022)
- Titre complet : L’Art caché : Les dissidents de l’art contemporain — Un essai au secours de la création artistique
- Auteur : Aude de Kerros
- Éditeur : Eyrolles
- Collection : Eyrolles Poche
- Parution : 8 septembre 2022 (1ère éd. 2007, rééd. augmentée 2013)
- Pages : 426
- ISBN-13 : 978-2-416-00792-7
- Disponible en : broché, poche, ebook
Pour aller plus loin
Site personnel de l’auteure : audedekerros.fr
Présentation de son œuvre de graveuse, textes critiques, actualités.
Blog de Christine Sourgins : sourgins.fr
Analyses complémentaires sur l’art dissident, critiques des politiques culturelles.
Archives Radio Courtoisie : Libre journal d’Aude de Kerros
Émissions où l’auteure développe ses analyses, interviews d’artistes dissidents.
Page éditeur : eyrolles.com
Catalogue complet des essais d’Aude de Kerros.
Notre avis critique
L’Art caché est un de ces livres rares qui modifient durablement notre regard. Après l’avoir lu, impossible de visiter un musée d’art contemporain avec la même naïveté. Les questions s’imposent : pourquoi ces œuvres-là et pas d’autres ? Qui décide ? Selon quels critères ? Quels intérêts ?
L’ouvrage a ses limites : parfois véhément, parfois lyrique à l’excès dans sa défense de la peinture, il ne convaincra pas les partisans inconditionnels de l’art conceptuel. Mais là n’est pas son but. Il s’adresse à ceux qui doutent, qui s’interrogent, qui pressentent que le discours officiel masque une réalité plus complexe.
La force d’Aude de Kerros ? Elle n’écrit pas en spectatrice mais en praticienne. Elle connaît l’atelier, le cuivre, l’acide, la presse. Elle sait ce qu’impliquent cinq cents eaux-fortes réalisées. Cette expérience sensible irrigue son analyse intellectuelle.
Le livre se lit comme un roman d’enquête, avec ses révélations progressives, ses coups de théâtre (le schisme de 1983), ses personnages (collectionneurs, galeristes, artistes dissidents), son suspense même : l’art caché survivra-t-il ? Retrouvera-t-il un jour la visibilité qu’il mérite ?
Pour La Causerie Littéraire, L’Art caché mérite sa place parmi les grands essais critiques français, aux côtés d’un Julien Gracq (La Littérature à l’estomac) ou d’un Pierre Bourdieu (Les Règles de l’art). Non pour ses conclusions — qu’on peut discuter — mais pour la qualité de sa documentation, le courage de son propos, et sa contribution essentielle au débat culturel.
Prolongez la conversation
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Critique rédigée par Jean-Baptiste Mesona pour La Causerie Littéraire. Janvier 2026.
