Des lions menés par des ânes — Charles Gave : fiche de lecture

Fiche de lecture — La Causerie Littéraire


« La France est un pays où deux adultes consentants peuvent tout faire ensemble — sauf travailler l’un pour l’autre. » — Charles Gave


📚 Un pamphlet préfacé par un prix Nobel

Pourquoi ce livre écrit en 2003 se lit avec une acuité particulière en 2026

Il y a des livres qu’on referme en se disant qu’ils ont vieilli. Et d’autres où l’on referme en se disant que le monde, lui, n’a pas bougé. Des lions menés par des ânes appartient à la deuxième catégorie.

Publié une première fois chez Robert Laffont en 2003, réédité depuis par l’Institut des Libertés dans la « Collection Interne » que vous tenez peut-être entre les mains, cet essai pamphlétaire de Charles Gave est l’un des rares livres d’économie français qui se lisent comme on lirait un Tocqueville ou un Bastiat : avec le sentiment désagréable que l’auteur a raison sur l’essentiel, et que ce qu’il dénonce n’a pas fondamentalement changé.

Le sous-titre dit tout : Essai sur le crash économique (à venir mais très évitable) de l’Euroland en général et de la France en particulier. Vingt ans après, le crash n’est pas encore survenu au sens catastrophique du terme. Mais la trajectoire décrite — déclin relatif de la France, emprise croissante des technocrates, impuissance des politiques à réformer — s’est poursuivie avec une régularité déconcertante.

Ce qui distingue ce livre d’un simple pamphlet politique, c’est qu’il est préfacé par Milton Friedman, Prix Nobel d’économie 1976, avec qui Gave avait entretenu une relation épistolaire pendant vingt ans et qu’il avait rencontré à plusieurs reprises. Le Temps Quand le père du monétarisme moderne cautionne votre diagnostic sur l’Europe, le propos dépasse la simple opinion de tribune.


🧠 L’auteur : un Français formé hors de France

Charles Gave, financier, entrepreneur, franc-tireur

Charles Gave est né le 14 septembre 1943 à Alep en Syrie. Son père, le commandant Pierre Édouard Gave, avait rallié la France libre en août 1941 après les combats en Syrie. Wikipedia Ce détail biographique n’est pas anecdotique : il éclaire un tempérament familial fait de conviction, de résistance aux conformismes et d’indépendance de jugement.

Diplômé de l’université de Toulouse (DESS d’économie) et de l’université de Binghamton (MBA), il commence sa carrière comme analyste financier dans une banque d’affaires française, puis crée en 1974 une entreprise de recherche économique indépendante, Cecogest. WikiBeral

La suite est une trajectoire d’outsider systématique. Lorsque François Mitterrand arrive au pouvoir en 1981, il quitte la France pour Londres — non pas pour des raisons fiscales, mais idéologiques, refusant de vivre dans un pays où des communistes avaient rejoint le gouvernement. Le Temps Il cofonde ensuite Cursitor-Eaton Asset Management à Londres, qu’il vend en 1995 à Alliance Capital lorsque la société gérait 10 milliards de dollars sous gestion. Gavekal

En 2000, il lance Gavekal à Hong Kong avec son fils Louis-Vincent et Anatole Kaletsky, éditorialiste au Times. L’intuition fondatrice : la Chine allait occuper une place toujours plus grande dans l’économie mondiale. Gavekal Gavekal est aujourd’hui une référence mondiale pour les investisseurs institutionnels.

C’est donc depuis Hong Kong, en observant l’Europe depuis l’extérieur et l’Asie depuis l’intérieur, que Charles Gave écrit Des lions menés par des ânes. Ce regard décentré, celui d’un Français qui a vu fonctionner d’autres modèles économiques, donne au livre une texture particulière : il ne s’agit pas d’un intellectuel parisien qui critique le système depuis l’intérieur du système, mais d’un praticien des marchés mondiaux qui mesure l’écart entre le discours officiel et les réalités économiques.


🦁 Le titre : une phrase de Churchill

Lions et ânes — d’où vient cette formule et ce qu’elle implique

Le titre mérite qu’on s’y arrête. Cette phrase aurait été prononcée par Churchill lors de la Première Guerre Mondiale, les lions étant les soldats français, les ânes leurs généraux. Dans le livre de Gave publié en 2002, les lions sont les entrepreneurs français, les ânes la classe dirigeante dont la décision de créer l’euro allait entraîner un inéluctable massacre des lions. Institut Des Libertés

La métaphore est forte. Elle n’accuse pas les Français en général, ni l’économie française dans son élan naturel. Elle pointe une fracture précise : entre ceux qui créent, produisent, risquent et emploient — et ceux qui administrent, régulent, orientent et taxent. Entre la société civile entrepreneuriale et la technocratie d’État.

C’est une vision du monde cohérente, ancienne dans l’histoire de la pensée libérale, mais exprimée ici avec la verve d’un homme qui a fait fortune en appliquant ses propres convictions sur les marchés. La crédibilité de Gave tient précisément là : il ne parle pas seulement en théoricien. Il parle en homme qui a mis ses propres capitaux là où il mettait ses idées.


📖 Ce que le livre dit : le diagnostic en trois temps

Comment Gave construit sa démonstration — et pourquoi elle reste pertinente

Le plan du livre est assez simple. Dans une première partie, Gave fournit au lecteur un « exposé des motifs » et une description de la méthodologie qu’il va suivre. Dans la deuxième partie, il explique comment fonctionne une économie moderne, ce qui l’amène à expliquer le rôle de l’Entrepreneur, du Rentier/Épargnant, des banques commerciales et de la banque Centrale. Institut Des Libertés

Premier temps : le constat chiffré. La quatrième de couverture résume le cœur du propos : en vingt ans, la France est passée du troisième au onzième rang européen pour son niveau de vie. Ce chiffre, avancé au moment de la publication originale, illustre une tendance que Gave traduit en graphiques — sa méthode de prédilection. Il ne s’agit pas de lamentations impressionnistes sur le déclin français, mais d’une démonstration visuelle et quantitative : courbes de croissance, comparaisons internationales, évolution des parts de marché à l’exportation.

Deuxième temps : l’analyse des mécanismes. Gave explique patiemment — et c’est là que le livre est le plus précieux pour le lecteur non spécialiste — comment une économie fonctionne réellement. L’entrepreneur est le moteur : c’est lui qui prend des risques, alloue du capital, crée de l’emploi et de la valeur. L’épargnant finance cet entrepreneur en lui faisant confiance. La banque centrale est censée garantir la stabilité de la monnaie qui permet ces échanges.

Le problème, selon Gave, est que ce circuit naturel a été progressivement court-circuité. L’État s’est substitué à l’entrepreneur comme principal allocateur de ressources. Les banques centrales ont manipulé les taux d’intérêt pour financer des déficits publics structurels plutôt que pour stabiliser la monnaie. Et la Commission européenne a superposé à ce désordre national une couche supplémentaire de réglementation et d’opacité.

Troisième temps : la prescription. Les solutions proposées par Gave sont dans la tradition libérale classique : réduire le périmètre de l’État à ses fonctions régaliennes, redonner de la liberté aux entrepreneurs, résister à la « dictature des banques centrales » et refuser ce qu’il appelle les « solutions liberticides et opaques de la Commission européenne. »


✍️ La forme : un pamphlet, pas un traité

Gave écrit comme il parle — et c’est une qualité

Ce qui distingue Des lions menés par des ânes de la production académique ordinaire, c’est le style. Gave écrit comme il parle : direct, imagé, volontiers provocateur, avec un humour pince-sans-rire qui fait mouche.

Sa métaphore préférée sur les crises financières — « la pêche à l’explosif : quand une grenade explose en profondeur, on voit d’abord remonter, le ventre à l’air, les plus petits poissons ; ce n’est que plus tard qu’on voit remonter les baleines » — vaut mieux que beaucoup de développements académiques sur la propagation des chocs systémiques.

Son langage visuel, sa méthode fondée sur les graphiques plutôt que sur les équations, son refus des circumlocutions académiques : tout cela fait de ce livre un texte lisible par un public large, y compris sans formation économique. C’est une qualité rare dans ce genre, et elle explique en partie le succès relatif de l’ouvrage — 20 000 exemplaires vendus, un chiffre honorable pour un essai de cette nature. Wikipedia

On peut d’ailleurs noter que la méthode de Gave — raisonner par comparaisons internationales, privilégier les données à long terme sur les annonces conjoncturelles, méfier systématiquement des consensus officiels — est celle d’un praticien des marchés formé aux États-Unis dans la tradition monétariste, très différente de la culture économique française traditionnellement plus keynésienne et plus favorable à l’intervention de l’État.


🔮 Ce que le livre anticipait — et ce qui s’est produit

Vingt ans après, relire Gave avec l’œil du lecteur de 2026

Lire un livre d’anticipation économique vingt ans après sa publication est un exercice instructif. Certaines prévisions de Gave se sont révélées justes, d’autres moins.

Ce qui s’est confirmé :

La poussée de l’État dans l’économie française ne s’est pas inversée. Les dépenses publiques représentent aujourd’hui plus de 57 % du PIB — l’un des ratios les plus élevés au monde. La dette publique française a atteint 113 % du PIB en 2025. La Commission européenne a bien multiplié les réglementations, parfois au détriment de la compétitivité des entreprises européennes face aux concurrents américains et chinois. Et les banques centrales — la Fed comme la BCE — ont bien pratiqué pendant une décennie des politiques de taux zéro ou négatifs qui, comme l’anticipait Gave dans la tradition libérale, ont contribué à gonfler des bulles d’actifs.

Ce qui est plus nuancé :

L’euro n’a pas implosé. Malgré les crises grecque (2010-2015), italienne (2018), et la fragmentation des spreads obligataires lors de chaque épisode de tension, la monnaie unique a résisté — parfois au prix de mécanismes de solidarité (MES, PSPP, PEPP) qui constituent exactement le type d’interventionnisme que Gave critique. L’euro a survécu, mais peut-être grâce aux outils qui violent précisément la logique initiale de sa construction.

Et c’est là que la lecture reste stimulante : pas parce que Gave avait tout prévu, mais parce que les tensions qu’il identifiait en 2003 restent des tensions actives en 2026.


⚠️ Ce qu’il faut garder à l’esprit en lisant ce livre

Les limites d’un pamphlet — honni soit qui mal y pense

Une fiche de lecture honnête doit aussi nommer les limites du livre.

Des lions menés par des ânes est un pamphlet, pas un traité. C’est-à-dire qu’il plaide une cause, et qu’il plaide bien. Mais il simplifie nécessairement. La critique de l’État et des technocrates est systématique au point que toute nuance disparaît. Les succès de politiques keynésiennes dans certains contextes (le New Deal américain, le plan de relance post-2008, la gestion européenne de la crise Covid) ne sont pas traités. La question sociale — ce qu’implique concrètement pour les plus fragiles une réduction draconienne de l’État — est effleurée plutôt qu’analysée.

Par ailleurs, Charles Gave a évolué depuis 2003 dans une direction qui mérite d’être signalée : son soutien à Éric Zemmour à la présidentielle de 2022 et son appel à voter pour Marine Le Pen au second tour Wikipedia ont conduit certains de ses lecteurs libéraux à prendre leurs distances. Le libéralisme économique qu’il défend dans ce livre ne coïncide pas nécessairement avec ses prises de position ultérieures sur d’autres sujets.

Lire Des lions menés par des ânes en 2026, c’est donc lire un texte de combat signé par un homme dont le parcours intellectuel ultérieur complexifie rétrospectivement la lecture. Ce n’est pas une raison de ne pas le lire — les grandes œuvres pamphlétaires survivent souvent à leurs auteurs — mais c’est une raison de garder l’esprit critique ouvert.


📋 Ce qu’il faut retenir de cette lecture

  • Des lions menés par des ânes est un pamphlet libéral publié en 2003, préfacé par Milton Friedman, qui dénonce la montée des technocrates, la « dictature des banques centrales » et la dérive administrative de l’Union européenne.
  • La métaphore du titre — les lions sont les entrepreneurs français, les ânes la classe dirigeante — vient d’une phrase attribuée à Churchill sur l’armée française en 1914.
  • Charles Gave construit sa démonstration sur des graphiques et des comparaisons internationales plutôt que sur des équations : le livre est accessible à tout lecteur curieux sans formation économique.
  • Le style est celui d’un pamphlet : direct, imagé, provocateur, parfois réducteur — mais toujours lisible.
  • Vingt ans après, certaines anticipations se sont confirmées (poids de l’État, dette, réglementation européenne), d’autres moins (l’euro a résisté).
  • À lire comme un document d’époque autant que comme une analyse économique : il dit quelque chose de vrai sur la France de 2003, et ce quelque chose n’est pas entièrement daté.

❓ Questions fréquentes

Milton Friedman a-t-il vraiment préfacé ce livre ? Oui. Gave avait été en contact épistolaire avec Milton Friedman pendant vingt ans et l’avait rencontré à plusieurs reprises. Friedman a préfacé son premier livre en français. WikiBeral Cette caution intellectuelle est l’une des marques distinctives de l’édition originale chez Robert Laffont.

Ce livre est-il daté ? Partiellement. Les données chiffrées sont celles de 2003, et la situation a évolué. Mais les mécanismes qu’il décrit — la relation entre poids de l’État et croissance, la tendance des banques centrales à financer les déficits, la logique de l’expansion technocratique — restent des questions actives en 2026.

Y a-t-il un « Gave 2.0 » — un livre qui actualiserait ce diagnostic ? Gave a lui-même envisagé une réécriture actualisée du livre, un projet collaboratif avec la communauté de l’Institut des Libertés lancé vers 2014. Institut Des Libertés Il a publié depuis plusieurs autres essais, notamment Libéral mais non coupable (2009) et L’État est mort, vive l’État (2010). Ses analyses régulières sont disponibles sur le site de l’Institut des Libertés.

Faut-il partager ses convictions pour apprécier ce livre ? Non. Comme tout bon pamphlet, Des lions menés par des ânes se lit avec profit même — et peut-être surtout — si l’on n’adhère pas à toutes ses conclusions. La clarté de l’exposé, la méthode comparative et l’humour de l’auteur en font une lecture stimulante pour qui cherche à comprendre une tradition de pensée économique libérale française rare.


📖 Glossaire des notions utilisées

Banque centrale — Institution chargée d’émettre la monnaie et de réguler le crédit. Gave la critique comme instrument de financement des déficits d’État plutôt que de stabilisation monétaire.

Destruction créatrice — Concept de l’économiste Joseph Schumpeter (1883-1950) : les innovations détruisent les structures économiques anciennes pour en créer de nouvelles. Gave y voit le mécanisme naturel de la croissance que l’État entrave par ses protections.

Euroland — Terme utilisé par Gave (et commun dans les années 2000) pour désigner la zone euro.

Fonction régalienne — Selon la tradition libérale, les seules fonctions légitimes de l’État : défense, police, justice, diplomatie. Tout le reste est considéré comme une extension parasite.

Keynesianisme — Doctrine économique fondée sur les travaux de John Maynard Keynes (1883-1946), qui légitime l’intervention de l’État pour soutenir la demande et lisser les cycles. Cible implicite de la critique de Gave.

Libéralisme économique — Doctrine qui préconise le libre marché, la limitation de l’intervention de l’État et la liberté d’entreprendre comme conditions de la croissance et du progrès social.

Monétarisme — Courant économique, associé à Milton Friedman, selon lequel l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire et que la principale mission des banques centrales est de contrôler la masse monétaire.

Pamphlet — Texte court, combatif, qui vise à convaincre plutôt qu’à démontrer exhaustivement. Des lions menés par des ânes revendique explicitement ce genre.

Rentier/Épargnant — Dans la terminologie de Gave, la personne qui confie son épargne aux banques et aux marchés pour financer l’activité des entrepreneurs. Son rôle est essentiel dans le circuit économique libéral.

Technocratie — Gouvernement par des experts non élus qui s’appuient sur leur compétence technique pour justifier leur pouvoir. Gave voit dans la Commission européenne et dans les hauts fonctionnaires français l’incarnation de ce modèle.


👤 Repères biographiques

Charles Gave (né le 14 septembre 1943, Alep, Syrie) — Essayiste, financier et entrepreneur français. Fils du commandant Pierre Édouard Gave, rallié à la France libre en 1941. Wikipedia Diplômé de Sciences Po Toulouse et d’un DESS d’économie, titulaire d’un MBA américain. Fondateur en 1974 de Cecogest, cofondateur de Cursitor-Eaton Asset Management (vendue en 1995 pour 10 milliards de dollars sous gestion), fondateur de Gavekal Research à Hong Kong (2000) avec son fils Louis-Vincent. WikiBeral Revenu en France vers 2015. Fondateur de l’Institut des Libertés (2012). Auteur de six essais, dont Des lions menés par des ânes a été le plus diffusé.

Milton Friedman (1912-2006) — Économiste américain de l’Université de Chicago, Prix Nobel d’économie 1976. Père du monétarisme. Défenseur de la liberté économique dans Capitalisme et liberté (1962) et Libre de choisir (1980, avec Rose Friedman). Sa préface du livre de Gave constitue une caution intellectuelle de premier ordre.


📚 Pour aller plus loin

Autres livres de Charles Gave :

  • Libéral mais non coupable — Bourin Éditeur, 2009 — analyse de la crise de 2008 sous l’angle libéral
  • L’État est mort, vive l’État — Bourin Éditeur, 2010
  • Sire, surtout ne faites rien ! — Jean-Cyrille Godefroy, 2016

Pour nourrir le débat contradictoire :

  • Jean-Paul Fitoussi — Le théorème du lampadaire — pour une perspective keynésienne sur les mêmes questions
  • Thomas Piketty — Le Capital au XXIe siècle — pour une analyse radicalement différente des inégalités et du rôle de l’État
  • Frédéric Bastiat — Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas (1850) — le classique du pamphlet libéral français, ancêtre direct du style de Gave

Sur l’Institut des Libertés : Site : institutdeslibertes.org — analyses régulières de Gave et de ses collaborateurs, disponibles gratuitement.


Référence de l’édition : Charles Gave, Des lions menés par des ânes — Essai sur le crash économique (à venir mais très évitable) de l’Euroland en général et de la France en particulier, édition originale Robert Laffont, 2003 ; réédition Institut des Libertés, Collection Interne. ISBN 978-1-5407-6478-2.


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Jean-Baptiste MESONA — 📧 jeanbaptistemesona@calliopeservices.fr


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