Un érudit éclectique, incarnation vivante d’une Tunisie mosaïque
Hatem Bourial appartient à cette race rare d’écrivains qui savent habiter simultanément plusieurs mondes. Né à Tunis en 1958, cet homme de lettres accompli incarne avec élégance une Tunisie mosaïque, multiculturelle, à la fois profondément enracinée dans son patrimoine millénaire et résolument ouverte sur le monde. Son nouveau livre, Mer turquoise, ciel azur et sardines grillées, qui paraît en novembre 2025 aux éditions La Nef, témoigne de cette double fidélité : aux racines méditerranéennes et à l’horizon universel.
Si le grand public le connaît surtout comme chroniqueur pour webdo.tn et animateur radio à RTCI, c’est avant tout un authentique écrivain, dont l’œuvre littéraire foisonnante dessine depuis des décennies les contours d’une Tunisie vivante, complexe et en perpétuelle mutation. Ce nouvel ouvrage, un journal extime qui compile ses notes estivales numériques, vient enrichir une bibliographie déjà impressionnante où se côtoient romans, poèmes, essais et récits de voyage.
Le baroudeur des mots : une érudition au service de l’observation
L’érudition d’Hatem Bourial ne se limite jamais à l’exercice gratuit de l’étalage culturel. Chez lui, la connaissance intime de la littérature française classique, des traditions tunisiennes ancestrales, de l’histoire méditerranéenne et des débats contemporains nourrit un regard à la fois tendre et lucide sur son pays. Baroudeur infatigable des lieux autant que des mots, il arpente avec la même curiosité gourmande les souks animés de la médina de Tunis, les plages de La Goulette, les ruines carthaginoises chargées d’histoire et les oasis sahariennes baignées de lumière.
Cette capacité à naviguer entre les époques, les cultures et les territoires fait de Bourial bien davantage qu’un simple témoin de son temps. C’est un passeur, au sens noble du terme, qui tisse des ponts entre tradition et modernité, entre culture savante et culture populaire, entre intimité tunisienne et universalité méditerranéenne. Ses références littéraires, qui vont de Nerval à Beckett, de la poésie arabe classique aux auteurs maghrébins contemporains, irriguent une prose à la fois poétique et rigoureuse.
Mer turquoise, ciel azur et sardines grillées : l’extime comme art littéraire
Le concept même de « journal extime » dit tout de l’approche littéraire de Bourial. Ce néologisme élégant, qui mêle l’intime et l’extérieur, résume sa démarche : partir du personnel pour toucher à l’universel, transformer l’observation subjective en témoignage collectif. Depuis des années, l’auteur tenait ces notes estivales en ligne, fragments d’impressions et de réflexions qui gagnaient progressivement en maturité littéraire.
Avec cette édition papier, ces chroniques éphémères accèdent à la permanence du livre, ce qui n’est pas un détail. Le passage du numérique à l’imprimé marque ici un « choix absolument littéraire », selon les propres mots de l’auteur. La mer turquoise scintillante sous le soleil tunisien, le ciel azur infini qui couvre la Méditerranée, les sardines grillées fumantes qui embaument les ports – ces trois motifs sensoriels structurent une déambulation littéraire où se conjuguent mémoire personnelle et observation sociale, nostalgie douce et questionnement critique.
Une Tunisie multiculturelle : enracinement et ouverture
Ce qui frappe dans l’œuvre d’Hatem Bourial, et particulièrement dans ce nouveau journal, c’est sa capacité à incarner une Tunisie plurielle, loin des clichés réducteurs. Sa Tunisie est à la fois celle des traditions séculaires – les métiers d’art de la médina, les cafés maures, les rituels culinaires transmis de génération en génération – et celle des mutations contemporaines, avec ses défis économiques, ses aspirations démocratiques, ses questionnements identitaires.
L’enracinement profond de Bourial dans la culture tunisienne ne l’empêche nullement de regarder ailleurs, de tisser des liens avec d’autres géographies, d’autres littératures, d’autres imaginaires. Son érudition francophone dialogue naturellement avec les références arabes, son attachement viscéral à Tunis s’accommode de curiosités cosmopolites. C’est cette tension féconde entre ancrage et ouverture qui fait la richesse de son regard et la profondeur de son écriture.
Acteur majeur de l’écosystème culturel tunisien, il joue depuis des décennies ce rôle essentiel de médiateur entre les artistes et les publics, entre les générations, entre les cultures. Ses chroniques régulières sur webdo.tn, souvent accompagnées de photographies évocatrices, témoignent de cette volonté constante de partager, de transmettre, de créer du lien.
Un parcours littéraire au long cours
Parmi les œuvres phares de l’écrivain Hatem Bourial figurent La Tulipe et le Jasmin, ainsi que Moi aussi je me souviens, texte remarquable où l’auteur déploie magistralement son art de la mémoire fragmentée et de l’observation sensible. À travers de nombreux ouvrages publiés depuis des décennies, il a constitué une œuvre littéraire où se lisent les transformations de la Tunisie, ses beautés préservées, ses blessures et ses espérances.
Ce nouveau journal extime s’inscrit dans cette continuité tout en ouvrant de nouvelles perspectives. Bourial envisage déjà des suites à ce premier volume, confirmant que le projet d’écriture extime s’inscrit dans la durée, comme une chronique au long cours de la Tunisie contemporaine vue par l’un de ses observateurs les plus éclairés.
Collaborations et tissage humain
L’aventure éditoriale de Mer turquoise, ciel azur et sardines grillées témoigne aussi du tissu relationnel qui entoure le travail de Bourial. Ses amis Madeleine Bennaceur et Anouar El Fani, fidèles compagnons de route intellectuelle, ainsi que l’artiste Sophie Morgaine, dont une création originale orne la couverture, rappellent que l’écriture reste pour lui un art profondément social, nourri d’échanges, de dialogues et d’amitiés.
Ces collaborations reflètent l’esprit même de son œuvre : une littérature qui refuse la tour d’ivoire pour s’ancrer dans le vivant, dans la relation, dans le partage généreux des savoirs et des sensibilités.
Pourquoi lire Hatem Bourial aujourd’hui ?
Dans un contexte méditerranéen souvent réduit à ses tensions et ses crises, lire Hatem Bourial offre un antidote précieux. Sa prose érudite mais jamais pédante, poétique mais toujours ancrée dans le concret, nous donne accès à une Tunisie nuancée, complexe, vibrante de vie et de contradictions fécondes.
Hatem Bourial s’impose comme l’un des écrivains francophones contemporains qui aura le mieux su retranscrire son pays et son temps. Son regard, à la fois complice et lucide, empreint de tendresse mais dénué de complaisance, nous permet de découvrir ou redécouvrir une Tunisie qui échappe aux simplifications. Son érudition éclectique, sa culture vaste et digérée, son sens de l’observation et sa maîtrise de la langue font de lui un écrivain essentiel pour quiconque s’intéresse à la Méditerranée littéraire contemporaine.
Conclusion : un témoin érudit de la complexité tunisienne
Mer turquoise, ciel azur et sardines grillées n’est pas qu’un énième journal d’été. C’est le livre d’un grand baroudeur des mots et des lieux, d’un érudit éclectique qui a fait de sa vie une œuvre d’observation et de transmission. Incarnation d’une Tunisie mosaïque, multiculturelle, enracinée et ouverte, Hatem Bourial nous offre avec ce journal extime une nouvelle porte d’entrée vers un univers littéraire riche, généreux et profondément humain.
Un livre à découvrir en novembre 2025 aux éditions La Nef, pour tous ceux qui cherchent dans la littérature non pas l’évasion facile, mais la rencontre exigeante avec un pays, une culture et un regard d’exception.
Pour aller plus loin
Découvrez les chroniques d’Hatem Bourial sur webdo.tn
Explorez l’univers littéraire de l’auteur sur La Presse de Tunisie
